Reportage magazine “Escales australes”











































































Visages de Chennaï

Les guides touristiques s’accordent sur un point : Chennai (anciennement appelé Madras) ne serait vraiment pas une étape incontournable en Inde du Sud. C’est pourtant la 4ème ville du pays après Mumbai, Delhi et Calcutta, la capitale du Tamil Nadu et la cité la plus peuplée d’Inde du Sud si l’on se réfère aux chiffres du recensement de 2001. Mais alors que les autres mégalopoles du sous-continent possèdent un patrimoine, une histoire et une identité qui les érigent en hauts-lieux de la culture indienne, Chennai ne serait qu’une halte obligée pour accéder aux splendeurs du Tamil Nadu et du Kerala. Si vous étiez par le plus fâcheux des hasards contraint d’y séjourner une journée dans l’attente d’un avion ou pour organiser votre circuit dans la région, c’est tout juste si l’on vous invite à sortir de votre hôtel pour visiter le fort Saint-Georges ou le musée du gouvernement. Et encore, vous conseille-t-on vivement de le faire de bon matin et en louant les services d’un taxi climatisé pour éviter la chaleur accablante, la circulation chaotique et les mille et un désagréments de cette ville industrielle réputée bruyante, polluée, anarchique, tentaculaire, etc., etc…

Et si la réalité était plus nuancée ? Chennai n’est certes pas une ville touristique, les monuments et autres curiosités dignes de ce nom se comptent effectivement sur les doigts d’une main, et rien n’y est fait pour faciliter la vie des visiteurs qui sont d’ailleurs peu nombreux. Mais c’est précisément ce qui vous garantit d’y faire l’expérience de la grande ville indienne de manière parfaitement authentique, d’y vivre dans les meilleures conditions un des moments les plus inoubliables de tout séjour en Inde, lorsqu’entraîné par la foule qui s’élance et qui danse une folle farandole[1] dans les quartiers commerçants et populeux des centres anciens, vous êtes assailli de sensations olfactives, auditives ou visuelles toutes plus saisissantes les unes que les autres. Si par exemple vous vous lanciez dans cette aventure à Old Delhi, dans les ruelles du bazar qui entoure la grande mosquée, attendez-vous à ce qu’une cohorte de mendiants et de rabatteurs mettent à rude épreuve vos nerfs déjà accablés de bruits et d’odeurs. Rien de tout cela à Chennai où les citadins sont moins habitués à la présence des touristes, et où les commerçants ne ciblent pas particulièrement la clientèle étrangère. Les habitants seront agréablement surpris et honorés de l’intérêt que vous accordez à leur ville, et les rencontres que vous ferez ici seront dénuées d’arrière-pensée mercantile.

Dans le Tamil Nadu plus que n’importe où ailleurs en Inde, la société est restée très profondément attachée aux valeurs et habitudes traditionnelles. La famille est la référence absolue et les relations sociales au-delà du premier cercle des intimes sont régies par des codes stricts. L’attitude des Tamouls à l’égard des étrangers pourrait donc vous sembler à première vue empreinte d’une certaine réserve, notamment de la part des femmes qui ne vous adresseront la plupart du temps ni la parole ni même un regard. Vous ne vous sentirez de ce fait jamais « harcelé » dans les rues de Chennai. Mais vous n’y serez pas ignoré pour autant parce que les sociétés traditionnelles sont aussi celles pour lesquelles le sens de l’accueil est resté une vertu cardinale. L’individualisme n’y a pas cours, et la vie de chacun ne se conçoit qu’inséré dans un maillage serré et structuré de relations issues de la famille, du quartier, de la corporation ou de la caste. Un simple « vanakkam », un sourire ou l’attention que vous porterez sur une marchandise suffiront bien souvent à dissiper toute timidité. Vous aurez alors tôt fait d’être littéralement « pris en main » par le voisinage qui se disputera vos faveurs.

L’hospitalité est de surcroît une seconde nature chez les Tamouls qui sont un peuple de voyageurs. Historiquement, ce sont principalement eux qui ont contribué à l’indianisation de toute l’Asie du Sud-Est par le biais du commerce maritime et des conquêtes militaires. Et encore aujourd’hui, les Tamouls sont les premiers à s’expatrier à Singapour, dans les Emirats Arabes ou aux Etats-Unis pour faire carrière ou fortune. Les liens qu’ils ont entretenus avec le monde au cours des âges ont sans doute contribué à cultiver leur ouverture vis-à-vis de l’étranger et à eux-mêmes ménager un accueil chaleureux aux voyageurs de passage. C’est aussi un aspect qui distingue les Tamouls du reste de la population indienne, dont les mythes fondateurs dissuadent au contraire d’entreprendre des voyages, les intrépides qui s’éloigneraient de la mère patrie et du Gange encourant une rupture du cycle de la réincarnation et une condamnation à l’errance perpétuelle. De manière générale, le particularisme est profondément ancré chez les Tamouls, qui sont attachés à leur langue et revendiquent leur identité dravidienne dont l’histoire ancienne et glorieuse est antérieure aux invasions aryennes venues du nord qui ont amené l’ordre brahmanique et le système des castes. Dans les quartiers populaires, l’attachement à la culture tamoule est donc plus ou moins mâtiné de revendications d’ordre politique pour une société plus ouverte et juste, et se traduit par un tempérament frondeur et gouailleur des plus pittoresques.

Oui, Chennai est digne d’intérêt, et pour la meilleure raison qui soit : les Chennaites eux même. Voilà pourquoi vous devriez vous réjouir d’y séjourner et en profiter pour aller vous immerger dans la foule de 2 endroits particulièrement populaires et typiques de cette ville : le bazar et la plage. Suivez le guide.

Première étape : le quartier commerçant du centre, dénommé « China Bazar », situé à l’angle des rues Rattan Bazaar et NSC Bose (broadway), et se prolongeant dans les ruelles perpendiculaires à cette dernière.

Pourquoi “China” ? Allez savoir… Peut-être parce que des émigrés en provenance de l’empire du milieu ont un jour jeté leur dévolu sur ce recoin de l’écorce terrestre comme ils l’ont fait un peu partout ailleurs ? Ou parce que des coolies extrême-orientaux avait été envoyés là du temps de la colonie anglaise dont Chennaï fut un des principaux avant-postes ? On ne trouve en tout cas plus trace d’implantation chinoise aujourd’hui, ni sur les enseignes ni sur les visages. Cette dénomination s’explique-t-elle alors plus simplement parce qu’on y trouve entre autre la quincaillerie et les bibelots bon marché qui sont la spécialité de “l’atelier du monde” ? Ou peut-être pour une raison beaucoup moins rationnelle, comme seul un esprit indien est à même d’échafauder, une simple anecdote enfouie au fin fond de la mémoire collective… Les voyageurs français qui emprunteront un rickshaw à Chennaï se verront ainsi proposer à coup sûr par leur facétieux chauffeur la visite du “Paris Corner”, qui n’est rien d’autre qu’un important carrefour routier, situé à proximité du China Bazar et surnommé ainsi… parce que la société “Parrys” y a son siège !

Pour ce qui est du “bazar” par contre, pas d’ambiguïté étymologique, on est ici au coeur du concept, aucun humanoïde normalement constitué ne pourra en disconvenir, et cela commence dès les premiers mètres de la rue N.S.C. Bose qui est une artère assez large flanquée d’une longue clôture au sud délimitant ce qui semble être un bâtiment administratif entouré par un jardin, et d’un alignement hétéroclite de minuscules boutiques au nord qui se prolonge dans les ruelles adjacentes et constitue le “bazar”. Les étalages des boutiques débordent largement sur ce qui devait être un trottoir mais se résume aujourd’hui à un tas de gravats et de détritus. Ce revêtement branlant impose d’assurer précautionneusement chacune de ses enjambées, au risque de se fouler une cheville. Aux étalages que les heureux propriétaires d’un pas-de-porte font allègrement déborder de leur devanture, s’ajoutent les surfaces de vente informelles des « forains » qui s’emploient avec d’autant plus de frénésie à interpeller le chaland que leurs installations ont des allures moins vénérables. Eux exposent leurs marchandises par terre, à même le trottoir concassé ou le bitume en lambeaux, sur de simples pièces de tissu, disposées sans logique apparente si ce n’est le souci d’en mettre le plus possible. On slalome entre les amoncellements de fruits et de légumes, de montres et de réveils, d’arrosoirs et d’entonnoirs… à perte de vue. Pas un centiare stable et libre où poser les deux pieds, pas un rocher où s’agripper tel le naufragé perdu dans la tempête, il faut avancer, progresser, se frayer un chemin coûte que coûte…

La description de la rue N.S.C. Bose ne serait pas complète sans évoquer le flux ininterrompu des véhicules qui circulent à quelques millimètres des premiers étals.

Les deux-roues et autres auto-rickshaws d’abord. Imaginez une nuée de guêpes furibondes déboulant de son nid et fondant sur vous en vrombissant. Le badaud qui s’est aventuré à traverser lorsque le feu rouge s’apprête à passer au vert doit ressentir quelque chose de cet ordre. Des centaines de pétrolettes s’élancent avant même le changement de couleur en klaxonnant, éructant, pétaradant, et se faufilent en tous sens avec le fol espoir de s’échapper du peloton. Elles méprisent superbement le piéton, ce paria de la voierie, et lui interdisent l’accès à l’autre rive. Le malheureux trompe-la-mort se trouve ainsi contraint de jouer les matadors dans un nuage de gaz brûlants et poussiéreux. S’il ne finit pas écrasé ou asphyxié, il en sera au moins quitte pour une baisse significative de son acuité auditive, le niveau et la fréquence sonores cumulés de ces engins et de leurs klaxons étant comparables à ceux d’un groupe d’adolescentes pré-pubères en goguette dans une galerie commerciale.

Les camions et les bus ensuite. C’était jusqu’il y a peu la plus haute caste de la route indienne, en vertu d’une règle tacitement admise du code selon laquelle le plus gros véhicule a toujours la priorité. Et leurs chauffeurs ne se privent pas pour faire valoir ce droit. Ils tiennent là leur revanche sur la condition sociale modeste qui est irrémédiablement la leur dans cette vie (et sans doute la suivante) lorsqu’ils lâchent le volant. Les poids lourds se comportent donc comme des nababs ventripotents, n’ayant rien perdu de leurs habitudes tyranniques malgré l’avènement de la démocratie, qui s’ébranlent en hoquetant et pétant ostensiblement de cendreux effluves sur leur suite. Des nababs déchus cependant car occupant l’autre extrémité d’une pyramide des âges étirée comme l’horizon dans le désert du Thar. Peintures criardes, guirlandes, avertisseurs de paquebot et bondieuseries luminescentes ne parviennent plus à masquer les outrages du temps, les creux et les bosses de la carrosserie, les rafistolages de fortune, le grincement sinistre des essieux, les râles exténués du moteur. On les charge pourtant impitoyablement jusqu’à ras bord et même au-delà, que la cargaison soit périssable ou pas, animée ou pas, humaine ou pas.

Et puis il y a le tout-venant… les personnes, restées paralysées des membres inférieurs après une poliomyélite, qui bravent la circulation sur un simple fauteuil roulant équipé d’un pédalier de vélo actionné à la force des bras ; les charrettes antédiluviennes, constituées d’un plateau et de deux roues, le tout entièrement fabriqué en bois, pesant déjà une tonne à vide, surmonté de monticules instables, et entouré de mules et d’hommes tirant, poussant et ahanant de concert au milieu du trafic ; On trouve également quelques rickshaws à propulsion humaine, mais ça se fait rare… Un des rares indices décelables ici du décollage économique indien.

Les 4×4 enfin. Ce sont les jeunes premiers du road-movie made in India, mais ils occupent déjà les têtes d’affiche. Ils en imposent certes moins par la taille que les camions mais compensent par le statut social présumé de ses occupants qui se cachent la plupart du temps derrière des vitres teintées et laissent l’imagination romanesque des foules indiennes faire le reste.

Voilà pour ce qui est des éléments solides qui composent la scène, et de leurs émanations gazeuses et sonores. Mais la majeure partie de l’année, il faut également compter sur un soleil de plomb pour jouer les premiers rôles au milieu de cette large avenue sans l’ombre d’un arbre ou d’une façade pour s’abriter. Le voyageur pourra éprouver in vivo que Chennai est un des endroits les plus chauds du pays. Lorsqu’il sentira ses grains de beauté frétiller sur sa peau comme du pop-corn dans le micro-onde, son instinct lui commandera de trouver refuge dans une des nombreuses ruelles adjacentes, moins soumises au joug solaire, moins accessibles à la circulation motorisée, et donc moins bruyantes.

Dans Badrian Street, il tombera alors nez-à-nez avec le marché aux fleurs. Et là… Hosanna ! Quelques enjambées après l’enfer du boulevard, c’est le jardin d’Eden !  Des guirlandes de jasmin dégringolent des auvents, des collines d’hibiscus à même le trottoir devant les boutiques, partout des paniers, des bassines, des sacs remplis de fleurs rouges, jaunes, blanches vendues sans la tige et débordant sur la chaussée jusqu’à la couvrir d’un véritable tapis végétal. Très régulièrement, les commerçants jettent des poignées d’eau sur leurs produits. L’humidité se répand au sol et dans l’air et apporte une fraîcheur bienfaisante. Sur quelques centaines de mètres, les fleuristes se succèdent le long de cette voie étroite et déballent leurs marchandises colorées, ne laissant qu’un sentier glissant aux piétons. Le sol et les murs sont recouverts de fleurs. Ce n’est pas une rue, c’est une tranchée florale.

On n’entend plus le bruit de la circulation à Badrian Street, les rayons acérés du soleil atteignent moins directement le fond de la ruelle, mais l’expérience sensorielle reste néanmoins des plus intenses. L’air est traversé de lourds effluves qui s’enlacent voluptueusement. La foule y est dense et composée majoritairement de femmes qui ont revêtu leurs plus beaux atours car, si elles achètent des fleurs, c’est pour ensuite aller au temple non loin de là en faire l’offrande aux Dieux. Aux couleurs naturelles des fleurs s’ajoutent donc les bleus, turquoises et violets chatoyants des saris. Toutes les nuances du spectre explosent sur quelques mètres carrés. Un niveau sonore élevé est alimenté par des discussions acharnées pour le montant de chaque transaction. Comme toujours en Inde, le plus bassement matériel se mêle sans une once de vergogne au spirituel le plus raffiné. Les colliers et les compositions florales ont beau être destinés à un usage religieux, on entend bien en obtenir le meilleur prix et pouvoir impressionner à bon compte les autres fidèles. Celles qui accompliront tout à l’heure leurs rituels avec une fervente prodigalité, sont les mêmes qui chipotent maintenant le moindre pétale. Et même lorsqu’on ne comprend pas le tamoul, on croit reconnaître dans chaque éclat de voix les quolibets qui égayent tous les marchés dignes de ce nom : « elle ne marche pas votre balance », « pour ce prix là, vous m’en remettrez bien une petite poignée », « il commence à faner votre jasmin »…

Quelques mètres plus loin dans la même rue, c’est le marché aux fruits, tout aussi coloré, parfumé et animé. Encore un peu plus loin, s’alignent les marchands de feuilles de bananier qui sont encore communément utilisées en Inde du Sud pour manger et comme plateau d’offrandes. La première impression qui se dégage du bazar est précisément celle d’un joyeux bazar. Mais on se rend vite compte que seuls les commerçants « informels », ceux qui vendent leurs marchandises à même le sol, sont installés n’importe où, au gré des rares espaces disponibles. Les boutiques sont elles réparties selon un ordre qui peut sembler obscur mais s’avère en fait dicté par des principes religieux, comme à peu près tout en Inde d’ailleurs et particulièrement dans le sud. Ainsi, les marchands de fleurs, de fruits et de feuilles de bananier ne se situent pas par hasard dans la même rue du China Bazar. On trouve en fait ici regroupées les trois composantes de base de toute offrande religieuse. De même, il peut sembler étrange, et surtout peu rentable, que des boutiques strictement identiques s’alignent sur le même trottoir. On trouve par exemple la rue des marchands d’étoffes, vendant les mêmes saris et autres dhotîs, et celle des quincaillers avec leurs étals jumeaux de chaînes, tuyaux, entonnoirs, etc. En Inde, on continue souvent de pratiquer un métier en fonction de sa caste, et les membres d’une même caste habitent et travaillent aux mêmes endroits, fréquentent les mêmes temples… Enfin, les activités du marché sont localisées par rapport au temple, en fonction de leur degré de pureté, les bijoutiers et les fleuristes au plus près et les bouchers et tanneurs au plus loin.

Deuxième étape : Marina Beach. C’est la plage principale de Chennaï qui s’étire le long de Kamarajar Promenade. Elle a aussi la réputation d’être la deuxième plus vaste plage au monde après celle de Rio. Mais la comparaison avec son homologue brésilienne s’arrête là. Personne ne se prélasse sous le soleil de Marina Beach avec quelques centimètres carrés de tissu pour tout vêtement. Les Indiens répugnent à s’exposer et cherchent au contraire à préserver par tous les moyens un teint le plus clair possible, considéré comme un gage de beauté et de distinction. Ils gardent aussi leurs vêtements, même pour aller se baigner, par respect pour des conventions sociales particulièrement rigides. La plage est une institution essentiellement familiale, et de ce fait soumise à des règles strictes. On voit aussi des groupes de jeunes hommes y déambuler en paradant, mais il serait par contre inconvenant que des jeunes femmes y aillent sans être chaperonné par un aîné. Cela n’empêche pas les regards curieux de s’échanger, et surtout pas les gens de s’amuser… La plage est particulièrement fréquentée par les Chennaites de condition moyenne et modeste, pour qui elle représente le seul loisir gratuit. Et lorsqu’on a fini de prendre l’air et de faire trempette, on peut aussi y grignoter pour 3 fois rien à l’un des multiples stands proposant une nourriture ou très grasse, ou très épicée, ou les deux ! On peut y pratiquer le cerf-volant qui est un loisir extrêmement prisé ou jouer pour quelques roupies à l’une des nombreuses attractions foraines qui y sont proposées. Parmi elles, les manèges remportent le plus franc succès auprès des enfants comme des adultes. Ces installations vétustes et rudimentaires, constituées de chevaux en bois grossièrement taillés, arrimés à une structure métallique branlante et rouillé, et actionnées par un moteur gasoil toussotant, offrent pourtant un spectacle inoubliable, car la joie de vivre et l’insouciance indiennes s’y expriment avec toute leur exubérance. Lorsque l’engin exténué est poussé jusqu’à ses dernières limites et propulse les passagers à l’horizontale, on se sait pas si le danger vient plus du moteur en surchauffe ou du risque d’éjection d’un des candidats au suicide. Peut-être les malheureux se réincarneront-t-il en mouette dans leur prochaine vie ? Cela ne les empêche en tout cas pas de s’égosiller gaiement comme les grands enfants qu’ils sont restés dans cette société paternaliste.

Plus que la plage elle-même, c’est la vie sociale foisonnante qui fait en définitive le charme de Marina Beach, comme du China Bazaar. Elle dispense généreusement couleurs et odeurs enivrantes, comme le cramoisi des poissons enduits d’épices qui attendent au soleil de se faire griller ou les tons chauds des saris immergés dans le bleu turquoise du golfe du Bengale.