Livre “A la source”

  • “Voyage aux origines du peuplement de La Réunion”
  • Publié aux éditions UDIR
  • Avec le concours du Conseil Général et de la Région Réunion
  • 110 pages, 80 photos, 20 €
  • Textes et photos : François NOUVEAU




























































































Introduction

L’eau tombe du ciel, caresse les versants, grossit les rivières qui deviennent des fleuves avant de se jeter dans l’océan. A l’autre extrémité de ce cycle, il y a les montagnes qui trônent au centre des continents. Leurs sommets se perdent dans les nuées. C’est là qu’on trouve l’eau la plus pure, celle que les sols n’ont pas encore souillée. C’est aussi là que les civilisations localisent le domaine des Dieux et leurs propres origines mythologiques, au contact du ciel et de la terre.

Au centre de l’océan indien, il y a La Réunion. Cette île était inhabitée jusqu’au 17ème siècle et les hommes qui la peuplent aujourd’hui sont pour la plupart originaires des continents qui bordent cet océan. Ils ont donc emprunté – de gré ou de force – un chemin qui suit le cycle de l’eau.

Remonter à la source, c’est donc revenir aux origines du peuplement réunionnais.

A la source est un recueil de portraits photographiés le long de cette quête symbolique, en Asie et en Afrique.

C’est en quelque sorte un « album de famille », qui s’est étoffé au gré des rencontres faites en Inde, en Chine, en Asie du Sud-Est, à Madagascar et au Mozambique, au cours d’un voyage qui a duré près d’un an et demi dans les régions d’où sont originaires beaucoup de Réunionnais : les « Malbars » viennent du Tamil Nadu et du Kerala dans l’Inde méridionale tandis que les « Zarabs » sont eux partis du Gujarat à l’Ouest ; les « Sinoi » sont généralement originaires des provinces du Guangdoing et du Fujian au Sud-Est de la Chine, ils ont parfois migré vers l’ancienne Indochine française avant d’arriver à La Réunion ; Enfin les « cafres » sont les Réunionnais originaires de Madagascar et d’Afrique continentale, particulièrement du Mozambique.

Plus précisément, de nombreux portraits qui composent cet « album de famille » ont été pris dans les principaux centres historiques du commerce des esclaves comme Ihla de Moçambique et Ihla de Ibo sur la côte mozambicaine, Mahavelona (Foulpointe) et Toamasina (Tamatave) à Madagascar, ou dans les anciens comptoirs coloniaux de Puducherry (Pondichéry), Malayâlam (Mahé), Surat (Surate) en Inde ; Guǎngzhōu (Canton), Xiàmén (Xiamen), Fúzhōu shì (Fuzhou) en Chine. C’est dans ces ports qu’embarquèrent entre la fin du 17ème siècle et le début du 20ème la plupart des esclaves puis des travailleurs engagés qui sont les aïeux de la grande majorité des Réunionnais d’aujourd’hui.

D’autres photos ont été prises loin des régions côtières d’où sont originaires la plupart des Réunionnais, dans l’Himalaya et d’autres montagnes d’Asie et d’Afrique, et le long des fleuves qui s’en écoulent. Pour les sociétés qui habitent les pourtours de la mer de Chine et de l’océan indien, ces lieux sont en effet sacrés. Le mythique Mont Meru, qui correspondrait au mont Kailash situé au Tibet occidental, représente par exemple l’axe du monde dans les religions hindouiste et bouddhiste. Le monde entier en est issu et s’organise autour de lui. Il est considéré comme le séjour des Dieux et la source, réelle ou symbolique, des fleuves comme le Gange, le Brahmapoutre ou l’Indus qui donnent vie à tout un continent et sont eux-mêmes divinisés. Les Chinois se représentent également le monde comme structuré par un réseau de montagnes et de fleuves sacrés, et ces lieux sont d’importants lieux de pèlerinage. A Madagascar aussi, le canal des Pangalanes, qui longe la côte Est sur plusieurs centaines de kilomètres depuis Foulpointe et Tamatave, relie entre eux une multitude de lacs et lagunes que les croyances locales considèrent fady (tabous) et peuplent d’esprits. Certaines de ces voies navigables ont en outre été d’importants axes de transport pour emmener les esclaves achetés dans l’arrière-pays vers leurs ports d’embarquement. Ce fut par exemple le cas du fleuve Zambèze au Mozambique.

Remonter à la source le long des fleuves et des montagnes sacrées d’Afrique et d’Asie, c’est donc aussi aller vers les multiples foyers de la culture réunionnaise.