Dubaï avril 2011











Une demi journée à attendre mon vol à l’aéroport de Dubaï… un endroit passionnant !


Des mecs en costume 3 pièces, d’autres en djellabah, d’autres en kimono, des essaims d’asiatiques qui m’ont tout l’air d’être des Chinois de la campagne : vêtements tout droit sortis d’une vieille affiche de propagande de la révolution culturelle, certains chaussés en simili-espadrilles, arborant tous la même casquette rouge probablement fournie par le tour-opérateur, agglutinés les uns aux autres et s’exprimant bruyamment… Les Chinois auraient-ils enfin accès au formidable réseau industrialo-touristique mondial ? Un gage de progrès social, à n’en pas douter. Quoi qu’il en soit, ces derniers m’apparaissent plus exotiques que les post-hippies en Birkenstocks plus ou moins “piercés” et tatoués même s’ils arborent des cheveux bleus ou mauves. Ils doivent par contre êtres considérés comme des extra-terrestres par nos amis de l’empire du milieu. On trouve également ici les sempiternels touristes qui partent pour un voyage organisé à Bali ou aux Seychelles attifés comme des orpailleurs amazoniens. On reconnaît dans le lot les frenchies à leurs vêtements “Quechua” que le monde entier nous envie. Il y a les obèses et les purs produits de salle de fitness – l’envers et l’endroit du mal-être contemporain. Il y a aussi les ados avec leur uniforme frange/slim/all stars, les jeunes japonais étant les fondamentalistes du style “nerd”. On voit des femmes en burka, en sari, en boubou ou en tailleur… Les classes moyennes et supérieures (voyager étant encore un privilège de riche) de toutes les régions du monde se résument finalement à quelques archétypes vestimentaires, et ils sont ici tous représentés.

Tout ce joyeux mélange interprète pourtant sous mes yeux admiratifs un harmonieux ballet, car chacun trouve des repères familiers et sait instinctivement ce qu’il a à faire, le comportement à adopter, dans ce milieu standardisé où la signalétique et les enseignes sont internationales. Et puis, on trouve certes à l’aéroport de Dubaï un spa, une mosquée ainsi que divers temples pour tous les croyants de la Terre, mais la religion qui rassemble tous les voyageurs quelle que soit leur origine, c’est bien évidemment la consommation et tous connaissent parfaitement les rituels en vigueur. Avec ses kilomètres de galeries commerçantes, le duty free de Dubaï est à la consommation ce que la mosquée Hassan II de Casablanca est à l’Islam. Toutes les meilleures marques d’habillement, de cosmétique, de spiritueux ou de matériel électronique sont proposées dans un espace parfaitement aseptisé et climatisé, sans une once de matière organique, sans histoire ni géographie, fluide, immatériel, du verre, du béton, du métal et du plastique, des tapis roulants insonores, des véhicules electriques glissant sur la moquette… rien ne vient perturber le chaland profondément aborbé dans sa contemplation.

Le ballet parfaitement rôdé des voyageurs bénéficie de surcroit du soutien discret mais attentif du personnel de l’aéroport composé de représentants du sous-prolétariat pakistanais, indien ou indonésien employé à bon compte dans les Emirats aux tâches les plus pénibles (service, cuisine, nettoyage, chauffeurs, porteurs…). En quelques heures, j’y ai rencontré un vendeur de sucreries originaire de Manille, un caissier venu de Tunisie… D’aucuns en conclueront que tout le monde tire profit de la mondialisation…

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